Cette audition a été l’occasion de faire entendre la voix des acteurs de terrain et de partager nos retours d’expérience issus des coopérations menées avec les employeurs, les organismes de formation, les acteurs de l’emploi, de l’insertion et de l’orientation, ainsi que les institutions partenaires.
Des initiatives nombreuses, mais encore trop fragmentées
Ces dernières années, les territoires ont vu se multiplier les dispositifs : campagnes de valorisation des métiers, expérimentations locales, appels à projets successifs…
Si ces actions répondent à des besoins réels, leur accumulation rend l’ensemble difficile à lire et complexifie la coordination entre acteurs. À cela s’ajoutent des critères d’évaluation souvent hétérogènes et un manque de capitalisation partagée, qui limitent la capacité à identifier clairement ce qui fonctionne.
Résultat : les bonnes pratiques sont encore trop peu diffusées, et les territoires sont parfois conduits à reproduire des démarches existantes.
L’enjeu est donc double : mieux évaluer et mieux partager pour éviter la dispersion et renforcer l’impact des projets. Un cadre national et régional plus lisible apparaît ainsi indispensable afin de permettre aux territoires de s’inscrire dans une dynamique cohérente, structurée et durable.
Une orientation plus efficace lorsqu’elle repose sur l’expérience
Les retours de terrain sont unanimes : les actions les plus efficaces sont celles qui reposent sur la rencontre directe avec les métiers et les professionnels.
Témoignages, ambassadeurs métiers, visites d’entreprises, immersions ou mises en situation permettent aux jeunes — et plus largement aux publics accompagnés — de mieux comprendre les réalités professionnelles et d’éclairer leur choix d’orientation.
L’orientation repose sur un véritable travail de complémentarité. Les professionnels des secteurs d’activité apportent une vision concrète et incarnée des métiers. Les acteurs de l’orientation — psychologues de l’Éducation nationale, conseillers en évolution professionnelle, etc — apportent, eux, leur expertise de l’accompagnement des publics.
Ces approches sont complémentaires et doivent être articulées, sans substitution. Cela implique de reconnaître l’engagement de chacun et de donner aux actions de découverte des métiers les moyens de s’inscrire dans la durée.

Des tensions de recrutement aux causes multiples
Les difficultés de recrutement ne peuvent être réduites à la seule question de la formation.
Elles trouvent leur origine dans l’attractivité des métiers et se prolongent après l’embauche à travers les enjeux d’intégration, de fidélisation, des conditions de travail et des perspectives d’évolution.
Les évolutions démographiques — vieillissement de la population, baisse de la natalité — vont par ailleurs transformer en profondeur les besoins en compétences. Elles renforcent la nécessité d’anticiper davantage pour accompagner les employeurs dans l’adaptation de leurs organisations.
Former davantage reste indispensable, mais ne suffit pas sans une approche globale des parcours professionnels et des conditions d’exercice des métiers.
La coopération territoriale, un levier à structurer
Les dynamiques de coopération territoriale jouent un rôle essentiel : elles facilitent le partage d’informations, la mutualisation des ressources et la construction de réponses adaptées aux réalités locales.
Mais ces démarches reposent encore trop souvent sur l’engagement des acteurs, sans cadre stabilisé ni moyens dédiés. Leur efficacité dans la durée suppose une animation continue et une gouvernance clairement structurée.
À défaut, ces coopérations risquent de s’essouffler, malgré leur utilité reconnue.
Construire des réponses durables et cohérentes
Cette audition a permis de réaffirmer une conviction forte : les enjeux d’attractivité des métiers, d’orientation et de développement des compétences ne peuvent être traités par une addition d’actions ponctuelles.
Ils nécessitent une vision stratégique partagée, une meilleure coordination des initiatives et des conditions de mise en oeuvre stabilisées dans le temps.
Les territoires disposent d’une forte capacité d’innovation et d’engagement. Pour transformer durablement ces dynamiques en résultats concrets, il est essentiel de leur offrir un cadre lisible, cohérent et pérenne. Parce que les enjeux sont collectifs ; les réponses doivent l’être aussi !
Rédigé par
Paul Rigato (Csas)
Gwendoline Silete (Attractivité)
* Photo issue d’une banque d’image.